Le jour où j’ai compris que je n’étais pas en danger de mort

Bon moi j’aime bien vous raconter ma vie ! Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un épisode, pas forcément marrant. Je le fais pour moi et aussi pour d’autres car peut être que nous sommes nombreux à l’avoir vécu.

On a tous eu, je pense, dans notre vie, des profs que l’on n’aimait pas (et des profs qu’on aimait bien aussi, j’y viens, c’est mon prochain article). Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’elle, ma prof principale de terminale, celle qui me donnait envie d’hurler en classe, celle que je trouvais si injuste, que je trouvais si … manipulatrice ? Celle qui me faisait peur, ça oui !

Je voyais un peu les cours comme ça !

Je tiens à préciser que cette critique n’engage que moi et que cette manière d’enseigner à peut-être convenu à certains.

Je n’ai pas tout de suite réalisé l’influence que pouvait avoir une personne sur tout un établissement scolaire. Pourtant, il y a eu des indices : lorsque son nom a été évoqué comme future professeure principale de terminale, la classe a tremblé après un gémissement général, les surveillants échangeaient des regards compatissants et certains élèves l’ayant déjà eu se sont mis à pleurer. Éternelle optimiste, j’ai voulu croire au potentiel sympathique de cette femme dès le premier jour. C’était pourtant celle qui allait rendre mes réveils difficiles tout au long de l’année.

Déjà que me lever je n’aime pas ça alors avec la boule au ventre c’est encore moins fun.

Entrons dans le vif du sujet : ce qui me révoltait.

Pour moi, être un bon professeur, ce n’est pas seulement être passionné par sa matière. Oui c’est essentiel d’avoir les yeux qui brillent lorsqu’on parle de maths, d’histoire ou de physique. Et il faut aussi avoir les yeux qui brillent pour ses élèves, pour l’enseignement, pour faire progresser les talents …

Car s’il y a bien une chose que je ne peux lui reprocher c’est la passion qu’elle avait pour sa matière : c’était toujours clair, bien expliqué… intéressant quoi.

Cela ne pouvait néanmoins pas rattraper les petits mots, les « petites » humiliations que nous subissions, les « fumistes » écrits en rouge sur les copies, les commentaires désobligeants sur notre manière de travailler ou de penser.

Je me souviens que j’entrais en classe en me disant « c’est un mauvais moment à passer » et je ressortais en me disant « tu n’auras surement pas ton bac » … Sympa non ?

Avant le cours !

Pendant le cours !

Après le cours !

Ce qui m’a marqué, c’est le fait que cette femme était douée pour nous faire comprendre que NOUS étions le problème : pour elle, on travaillait mal voire pas du tout (c’était mon cas, je travaillais peu, ce n’était en revanche pas le cas de tous les élèves de la classe qui avaient la même moyenne que moi), nous n’étions pas cultivés. Lorsque nous avions une mauvaise réponse, c’était dix minutes de reproches, de moqueries, …

Une anecdote ? Je me souviens de ma voisine de classe qui avait été interrogée un mardi matin sur la leçon vue la veille en classe. Sensible et en manque de confiance en ses capacités, elle parlait doucement, mains & voix tremblantes, tentant de se rappeler des détails évoqués la veille. Elle avait révisé, cela se sentait, elle connaissait la leçon. Pourtant, sa voix était à peine audible ( je peux vous dire qu’elle était loin d’être la plus timide de la classe), elle était terrorisée. La prof, debout à un mètre d’elle, lui imposait de parler plus fort, plus fort, plus fort. Plus ça allait, plus elle se recroquevillait sur sa chaise, comme si elle voulait disparaître. Mon amie finit par dire « j’ai finis » et fond en larmes, sous le coup de la pression qui relâche. Toute la classe était impressionnée par sa connaissance de la leçon, elle avait pensé à tous les détails. Et pourtant… Je doute que cet instant ait été un moment agréable pour elle.

 

Un jour, j’ai compris que je n’étais pas en danger de mort. Comment ? J’étais déléguée de classe. Le manque de pédagogie avait bien entendu été remonté par les élèves. Imaginez ma tête lorsqu’un matin d’heure de vie de classe, j’ai dû me lever devant toute la classe et regarder ma prof, droit dans les yeux, pour lui donner les retours des élèves. Et tout le problème était là… Je connaissais à l’avance sa réaction : elle savait ce qu’elle inspirait aux élèves, elle savait qu’elle nous faisait peur… Donc bien sûr, elle a ri en me voyant tourner autour du pot. Quand j’ai finis par lui dire que « certains élèves souffraient de sa façon d’aborder l’apprentissage », elle m’a répondu en riant « oui mais en même temps, regardez vos notes, vous ne bossez pas. Si vous bossiez, vous auriez de meilleurs résultats ». Que répondre à ça ? Cela semble même logique, pas vrai ?

A ce moment là, j’ai pris du recul pour la première fois et j’ai compris que je ne risquais rien en fait. Je n’étais pas en danger de mort, mes amis non plus. Ce qu’on risquait ? Ne pas avoir le bac ? Est-ce si grave finalement ?

 

Il m’a fallu du temps pour en rire, et avec le recul, aussi improbable que cela puisse paraître, je sais que cette femme voulait seulement être reconnue comme une bonne prof… et, dans le lycée, elle était reconnue en tant que telle. Le discours tenu était:

« c’est une année de souffrance mais tu auras une bonne note au bac ». Alors… pourquoi changer ?

Aujourd’hui, je trouve que l’on ne devrait pas avoir à apprendre dans la souffrance. Si j’écris cet article c’est pour rappeler que chacun à sa propre sensibilité et que les blessures qu’on inflige peuvent être importantes même si on ne les voit pas. Je réalise à quel point elle m’a fait me sentir idiote et sans avenir par moment et je ne souhaite cela à personne.

Je suis fière d’avoir gardé mon calme face à elle et d’avoir pu lui dire que je désaprouvais sa manière de fonctionner, même si cela n’a pas entraîné un changement de son côté. J’ai fait ma part du chemin.

Si vous êtes dans ce cas, (à l’école ou non), parlez-en ! L’école est une chance, on ne devrait jamais y aller la boule au ventre.

 

Pendant nos séjours, c’est important pour nous de nous concentrer sur les qualités propres à chacun. Pour que tout le monde comprenne qu’on est tous différents : nous n’avons pas les mêmes qualités que notre voisin de classe et c’est ça qui est génial !

Allez Ciao

Marine

 

 

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